Pygmarrhopalites pygmaeus s.l.

(Wankel, 1860)

Les collemboles cavernicoles des genres Arrhopalites et Pygmarrhopalites sont assez difficiles à identifier jusqu’à l’espèce. Ils appartiennent à l’ordre des Symphypleona et à la famille des Arrhopalitidae. Ces collemboles vivent majoritairement dans les grottes et les milieux qui s’y apparentent (cavités, tunnel, sous-terrain, litière forestière). Ils présentent une morphologie globuleuse, un corps plus ou moins translucide et légèrement pigmenté d’orange. Les yeux (ocelles) sont très réduits, voire totalement absents : une conséquence classique de la vie en milieu obscur permanent (troglomorphisme).

Cette fiche est co-réalisée avec les informations transmises par Frans Janssens en 2018, qui ont permis de rapprocher ce collembole de l’espèce P. pygmaeus.

 

Description de l'espèce

Classification

  • Embranchement

    Arthropoda

  • Sous-Embranchement

    Hexapoda

  • Classe

    Collembola

  • Ordre

    Symphypleona

  • Famille

  • Sous-Famille

Taille moyenne
Entre 0.7 mm
et 1 mm
Habitat
Litière humide, Terre, Bois mort
Origine
Europe (espèce holarctique au sens large selon les auteurs, largement redistribuée sous forme de complexe d’espèces cryptiques)
Pygmarrhopalites (Arrhopalites) pygmaeus symphypleona cavernicole légèrement pigmenté d'orange sur fond translucide
Pygmarrhopalites (Arrhopalites) pygmaeus Symphypleona est un collembole cavernicole légèrement pigmenté d'orange sur fond translucide. Le jaune qui apparait par transparence est le contenu alimentaire dans le système digestif.

Nom scientifique

Pygmarrhopalites pygmaeus
Synonyme(s) :
Arrhopalites pygmaeus Wankel, 1860

Nom vernaculaire

L’espèce n’a pas de nom vernaculaire français ; dans la littérature anglophone, l’espèce est simplement désignée comme pygmy globular springtail.

Suggestion : Collembole cavernicole pygmé.

Étymologie

L’épithète pygmaeus vient du grec pygmaios,  » de la taille d’un poing « , soit  » nain, minuscule », fait référence à la très petite taille de ce collembole, qui ne dépasse pas 1 mm.
Collembole cavernicole groupe Pygmarrhopalites pygmaeus, photographié en milieu souterrain (ancien tunnel)
Collembole cavernicole du groupe Pygmarrhopalites pygmaeus

Quelques mots sur ce collembole

Pygmarrhopalites pygmaeus est l’espèce type du genre Pygmarrhopalites, créé en 2009 par le chercheur ukrainien Robert S. Vargovitsh pour séparer le « groupe pygmaeus » au sens large de l’ancien genre Arrhopalites Börner, 1906. La famille est relativement facile à identifier. En effet, les Arrhopalitidae sont majoritairement dépigmenté et ils ont des ocelles fortement réduites. Le corps globuleux restent typiques des Collemboles de l’ordre des Symphypleones. La cuticule est la fine enveloppe externe qui protège les organes des collemboles. Chez les formes cavernicoles, elle est généralement dépourvue d’ornementation marquée, la sélection portant davantage sur les organes sensoriels (soies, trichobothries) que sur la protection contre la dessiccation ou la lumière. Les pattes et les antennes sont quasiment pas pigmentées montrant une transparence parfaite.

La scission évoquée ci-dessus repose sur des caractères chaétotaxiques précis, en particulier la disposition des trichobothries : chez Pygmarrhopalites, les trois trichobothries A, B et C forment un angle très obtus (ABC), avec des distances AB et BC égales ou AB inférieure à BC — un schéma type du groupe pygmaeus, différent de celui observé chez les Arrhopalites. D’autres caractères génériques à ces genres nécessitent l’examen sous microscope (chaetotaxie, forme du mucron, subdivision de l’article antennaire IV). Ce sont des détails très difficiles à observer sur photographie.

 

Une longue liste de synonymes consultables sur le Catalogue of life illustre bien la difficulté historique d’identification du groupe pygmaeus, redécrit à de multiples reprises sous des noms différents avant la clarification taxonomique du genre. Par ailleurs, les milieux cavernicoles sont fortement propices à l’endémisme (milieux clos). La fiche reprend uniquement un synonyme principal. Il est à noter que l’espèce a été décrite initialement sous le taxon : Dicyrtoma pygmaeus Wankel, 1860.

Morphologie :

Globuleux

Motif :

Unicolor, Hyalin

Couleur dominante :

Blanc, Gris

Couleur secondaire :

Jaune, orange
Statut identification
Difficile
Contrairement à de nombreux Symphypleona, l’identification fiable à l’espèce de Pygmarrhopalites pygmaeus nécessite quasi systématiquement une préparation microscopique (montage entre lame et lamelle) et l’examen de caractères chétotaxiques discriminants. La photographie in situ permet tout au plus une orientation vers le genre et le groupe d’espèces.
Statut de l'espèce
  • L’espèce est inoffensive pour l’être humain
  • Avertissement : Cette information est donnée à titre indicatif. Les collemboles ne sont pas connus comme des allergènes majeurs pour l’être humain, contrairement aux acariens. En cas de symptômes en milieu naturel humide ou non, d’autres causes comme les acariens, les aoûtats, les moisissures ou la poussière peuvent-être la source. En cas de doute, évitez la manipulation et consultez votre médecin.

    Détails morphologiques

    Ces visuels génériques illustrent trois caractères morphologiques essentiels pour une première approche de l’identification des collemboles.

    L’aspect de la cuticule, des soies et des ocelles varie selon les espèces. Ces critères peuvent être utilisés dans les éléments de filtre du guide d’identification.

    Caractéristique de la cuticule

    Lisse

    En savoir plus

    La cuticule est la fine enveloppe externe qui protège les organes du collemboles. Elle est composée de chitine. Son aspect varie selon les espèces. Pour certaines, la cuticule est lisse, boursouflée ou recouverte d’écailles. Elle est plus ou moins épaisses et présente des facultés hydrophobes.

    Aspect des soies

    Faible pilosité

    En savoir plus

    Les soies sont des filaments composés de chitine. Leur disposition sur la cuticule contribue à l’identification des collemboles. Le terme souvent employé est la chaetotaxie. Certaines soies sont sensitives.

    Aspect des ocelles

    ocelles atrophiés ou absents

    En savoir plus

    Les ocelles (nom masculin) représentent la zone regroupant les ocelli (oeil) des collemboles. Leur taille, disposition et nombre (généralement 8) sont des critères importants dans leur identification.

    Critères d'identification

    L’identification sur photo de ces petits arthropodes du sol n’est pas toujours fiable, car certaines espèces sont très proches morphologiquement et écologiquement, et la qualité de l’image peut masquer des caractères déterminants.

    Pour maximiser les chances d’identification, privilégiez des vues dorsale, latérale et caudale, en veillant à obtenir les segments antennaires le plus nettement possible.

    L’identification sur photographie de ces petits arthropodes du sol souterrain est particulièrement délicate, bien plus que chez les espèces épigées de plus grande taille. La petite taille (moins de 1 mm), l’aspect translucide du corps et l’absence de motif coloré contrasté rendent les critères visuels externes peu fiables.

    Pour maximiser les chances d’orientation (et non d’identification certaine), privilégiez une vue dorsale nette montrant la subdivision de l’article antennaire IV, une vue latérale ou caudale de la région anale, où se situent des caractères chétotaxiques importants (valves anales, soies circumanales).

    Clé d'identification 1
    Habitus avec une cuticule très peu pigmentée et une ocelle à chaque plaque oculaire (1+1)
    Vue dorsale
    Aspect dorso-caudal de ce collembole globuleux
    Vue des segments antennaires
    Aspect du segment antennaire (ant. 4) présentant 5 subdivisions.
    Vue caudale
    Aspect caudale avec la vue sur les les trois trichobothries A, B et C.

    Dimorphisme chez le mâle et la femelle

    Comme chez de nombreux collemboles Symphypleona, un dimorphisme sexuel existe chez Pygmarrhopalites pygmaeus, notamment au niveau de la papille génitale et de sa couronne de soies circumgénitales, mais ces caractères ne sont généralement pas observables sur de simples photographies.

    La population de ce collembole photographiée n’a pas permis de montrer des caractères sexuels secondaires précis.

    La littérature spécialisée sur le genre reste principalement centrée sur les caractères chétotaxiques diagnostiques des espèces plutôt que sur le dimorphisme sexuel en tant que tel.

    Observation de l'espèce

    Bannière montrant différents écosystèmes des collemboles : des milieux ouverts aux surfaces végétalisées et rocheuses.
    Les collemboles occupent une grande diversité de niches écologiques, dans des écosystèmes et biotopes très variés.
    Diversité d' écosystèmes et biotopes propices aux collemboles
    Les collemboles occupent une grande diversité de niches écologiques, dans des écosystèmes et biotopes très variés.

    Répartition géographique

    Pygmarrhopalites pygmaeus est décrit à l’origine d’une grotte de Moravie (actuelle République tchèque) par Wankel en 1860, ce qui en fait l’une des toutes premières espèces de collemboles cavernicoles décrites en Europe.

    L’espèce présente plusieurs occurrences à travers le monde avec une large répartition en Europe dont la France, l’Espagne, le Portugal et l’Allemagne.

    En France, le genre Pygmarrhopalites (comme le genre Arrhopalites) est représenté par plusieurs espèces inféodées au milieu souterrain, notamment recensées dans le Catalogue des collemboles de France de J.-M. Thibaud (2017).

    J’ai eu l’occasion de prospecter un tunnel abandonné dans les Alpes, présentant certaines similitudes avec une grotte naturelle mais ces lieux sont parfois à risques. Assurez-vous de la sécurité du site pour prospecter ces environnements.

    Pygmarrhopalites pygmaeus est un collembole de grottes et milieux souterrains
    Pygmarrhopalites pygmaeus est un collembole qui s'observe dans les grottes et milieux souterrains.

    Ecosystèmes & Substrats

    Les collemboles sont abondants dans les premiers centimètres du sol, la litière et la végétation basse, où ils jouent un rôle essentiel en consommant algues et bactéries, contribuant ainsi à l’équilibre des sols.

    Ils se rencontrent dans presque tous les biotopes : forêts, jardins, prairies, rochers, milieux aquatiques et même milieux extrêmes.

    Chaque espèce présente des préférences écologiques spécifiques quant au substrat, à l’humidité et à la végétation associée.

    Ecosystème
    Forêt, Grotte
    Substrat de vie
    Litière humide, Terre, Bois mort

    Phénologie - Quand observer cette espèce ?

    Le cycle de vie des collemboles à la surface du sol est variable selon les espèces. Ces données sont basées sur mes observations depuis décembre 2016. Elles sont données à titre indicatif en raison de facteurs variables : météos, climats, régions, et topologies de terrain. Pour en savoir plus, découvrez l’article sur la Phénologie des collemboles de France.
    Saison(s) propice(s) pour l'observation de l'espèce

    Mon observation par mois de l'espèce

    La phénologie de l’espèce doit être nuancée : les données actuelles ne reflètent qu’une visite sur un site. Il est cependant fort probable que l’espèce soit observable sur une période bien plus large, dans la mesure où son environnement (le milieu cavernicole) offre des conditions climatiques stables tout au long de l’année (température constante, hygrométrie élevée, absence de lumière).

    Jan.

    Fév.

    Mars

    Avr.

    Mai

    Juin

    Juil.

    Août

    Sept.

    Oct.

    Nov.

    Déc.

    Note de terrain et conseils photos

    La macrophotographie de ce collembole en milieu naturel est un exercice difficile : la taille inférieure au millimètre, la translucidité du corps et l’obscurité totale des cavités imposent un matériel d’éclairage adapté (lumière fixe dirigée, flash annulaire ou déporté) et une extrême prudence pour ne pas perturber le milieu souterrain, souvent fragile et parfois réglementé (sites Natura 2000, arrêtés de protection de biotope liés aux chiroptères). L’espèce est sensible à la lumière et doit être dirigée progressivement sur le collembole pour réussir à le photographier sans le faire fuir. On parle alors d’espèce lucifuge (qui fuit la lumière). Personnellement j’ai tenté de limiter au maximum la puissance du flash macro en utilisant un appoint de lumière fixe (petits spots LED).

    Indicateur de rareté

    Cette information est uniquement basée sur mes propres observations et peut varier d’un lieu à un autre et du temps de recherche consacré dans un biotope en particulier. De nombreux facteurs peuvent rentrer en compte.

    Très commun
    Commun
    Peu commun
    Rare
    Très rare

    FAQ

    Quelle est la particularité de ce collembole ?
    Sa très petite taille (moins de 1 mm), son corps globuleux translucide peu pigmenté et ses yeux très réduits (1+1 ocelles) traduisent une forte adaptation à la vie cavernicole (troglomorphisme).
    Avec quelles espèces peut-on confondre ce collembole ?
    De nombreuses espèces du même groupe pygmaeus, comme P. principalis, P. tauricus, P. kaprusi, P. sericus ou P. perezi, ainsi que des espèces du genre proche Arrhopalites (groupe caecus). L’identification sur photographie n’est pas fiable et un examen plus précis sous loupe binoculaire.
    Comment observer les collemboles de la famille des Arrhopalitidae ?
    L’observation des Arrhopalitidae en milieu naturel demande une approche adaptée à leur mode de vie cavernicole et à leur taille minuscule : Il est nécessaire de prospecter les bons microhabitats, tels que les grottes ou les réseaux souterrains, en veillant à sa sécurité et en respectant ces milieux souvent fragiles et protégés. Certaines de ces espèces sont également observables en milieu forestier, sur et dans le vieux bois mort.
    Pygmarrhopalites pygmaeus est-il un insecte ?
    Non. Bien qu’il partage certaines caractéristiques avec les insectes (pattes, antennes, ocelles), il appartient à l’ordre des Collembola, classé dans le sous-embranchement des Hexapoda, distinct de la classe Insecta.

    Formes, Variétés et Sous-espèces

    Espèces proches

    Le genre Pygmarrhopalites, séparé du genre Arrhopalites par Vargovitsh en 2009, regroupe aujourd’hui de nombreuses espèces cavernicoles décrites à travers le monde (Europe, Amérique du Nord, Asie). Parmi les espèces à considérer en cas de confusion possible avec P. pygmaeus :

    • Arrhopalites caecus (Tullberg, 1871) — espèce type du groupe caecus, resté dans le genre Arrhopalites stricto sensu, distinguable par un patron trichobothrial différent.
    • Pygmarrhopalites sericus (Gisin, 1947) — autre espèce européenne du complexe, parfois utilisée comme référence en phylogénie moléculaire du groupe.
    • Pygmarrhopalites principalis, P. tauricus, P. kaprusi — espèces décrites de grottes de Crimée, très proches morphologiquement.
    • Pygmarrhopalites perezi — décrite d’Espagne (Jaén), appartenant également au groupe pygmaeus stricto sensu.
    Pygmarrhopalites species reddish spots

    Pygmarrhopalites sp reddish spots

    Pygmarrhopalites principalis

    Pygmarrhopalites principalis

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    Crédits & remerciements

    Je remercie Frans Janssens Biologiste de l’Université d’Anvers pour son expertise et pour toutes les informations partagées à travers différents médias, permettant ainsi de contribuer à la réalisation de cette fiche informative.

    Bellinger, P.F., Christiansen, K.A. & Janssens, F. 1996-2024.
    Checklist of the Collembola of the World. http://www.collembola.org

    Références bibliographiques

    • Vargovitsh, R.S. (2009). New cave Arrhopalitidae (Collembola: Symphypleona) from the Crimea (Ukraine). Zootaxa, 2047, 1–47. (Description originale du genre Pygmarrhopalites.)

    • Catalogue des collemboles de France J-M. Thibaud Zoosystema Vol. 39, Issue 3 (Sep 2017), pg(s) 297-436

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