Heterosminthurus insignis

(Reuter, 1876)

Heterosminthurus insignis est un collembole globuleux qui vit à proximité des milieux aquatiques, généralement au sol et sur la végétation des berges. Sa coloration est uniformément jaune-orangée. On l’observe à proximité des rivières, lacs et tourbières de France mais plus largement l’espèce occupe une large répartition en Europe.

Description de l'espèce

Classification

  • Embranchement

    Arthropoda

  • Sous-Embranchement

    Hexapoda

  • Classe

    Collembola

  • Ordre

    Symphypleona

  • Famille

  • Sous-Famille

    Bourletiellinae

Taille moyenne
Entre 0.8 mm
et 1.4 mm
Habitat
Litière humide, Plantes terrestres (atmobiotique), Plantes aquatiques, surface, Feuilles mortes (saprophile)
Origine
Europe
Heterosminthurus insignis dans sa forme classique jaune orangé
Heterosminthurus insignis dans sa forme classique jaune orangé

Nom scientifique

Heterosminthurus insignis
Synonyme(s) :
Sminthurus insignis Reuter, 1876

Nom vernaculaire

Plettet gul kuglespringer en danois. La traduction n’est pas très convaincante

Suggestion : Collembole jaune remarquable

Étymologie

L’épithète insignis vient du latin in et signum et signifie littéralement « remarquable » probablement en référence à la couleur jaune intense et l’allure générale du collembole.
Le collophore est un tube ventrale extractable chez le collembole à multiple usage biologique, visible ici chez Heterosminthurus insignis
Le tube translucide visible sur cette photo est un appendice situé sous le premier segment de l'abdomen. Il est extractible et participe à l'hydratation des collemboles Symphypleones et à leur toilette, très important ici chez Heterosminthurus insignis

Quelques mots sur ce collembole

Heterosminthurus insignis est un collembole relativement grand chez les représentants des Symphypleona, avec une taille supérieure à un millimètre, notamment chez les femelles. La coloration jaune à orangé est uniforme. L’abdomen est plus long que haut, avec une forme légèrement concave chez le mâle. Les antennes sont longues, surtout chez le mâle, avec une coloration jaune à violacée. L’espèce vit dans les milieux aquatiques, principalement sur le substrat des berges ou sur la végétation palustre.

La tête de ce collembole a un aspect fortement lustré (glossy), typique de cette espèce, qui ressort bien en photo tout en étant déjà immédiatement visible sur le terrain. L’hygiène corporelle des collemboles est cruciale pour leur survie, en raison de leur respiration cutanée. C’est d’autant plus vrai chez Heterosminthurus insignis que je l’ai vu maintes fois faire sa toilette assidûment. C’est une observation très intéressante, où le collembole est quasi immobile, facilitant la photographie. La photo complémentaire montre le collophore (tube translucide) et donne ainsi l’occasion d’aborder le sujet :

Le collophore (ou tube ventral) est un appendice tubulaire non segmenté, interne et éversible, situé sur la face ventrale du premier segment abdominal. C’est une caractéristique unique aux Collemboles (elle a d’ailleurs donné son nom au groupe : Collembola, du grec kolla, « colle », et embolon, « cheville, piston »). Longtemps interprété comme un organe adhésif, d’où son ancien nom de « ventouse ventrale », il assure en réalité des fonctions plus variées et essentielles : régulation osmotique et hydrique (absorption d’eau via des vésicules éversibles à son extrémité), échanges ioniques, respiration cutanée partielle, et rôle dans l’équilibre acido-basique de l’hémolymphe. Chez certaines espèces, il participe aussi à un comportement de toilettage : le collembole fait alors circuler cet appendice sur l’ensemble de sa cuticule pour la lustrer et la débarrasser de l’excès d’eau ou de matières organiques indésirables. En milieu humide, lieu de vie de ce collembole, les besoins de nettoyage de la cuticule sont probablement plus importants encore, pour éviter la prolifération de bactéries et d’algues, et maintenir une respiration cutanée optimale.

Morphologie :

Globuleux

Motif :

Unicolor

Couleur dominante :

Jaune

Couleur secondaire :

orange
Statut identification
Facile
Cette espèce est souvent identifiable sur photo, mais une vérification sous loupe binoculaire peut-être nécessaire.
Statut de l'espèce
  • L’espèce est inoffensive pour l’être humain
  • Avertissement : Cette information est donnée à titre indicatif. Les collemboles ne sont pas connus comme des allergènes majeurs pour l’être humain, contrairement aux acariens. En cas de symptômes en milieu naturel humide ou non, d’autres causes comme les acariens, les aoûtats, les moisissures ou la poussière peuvent-être la source. En cas de doute, évitez la manipulation et consultez votre médecin.

    Détails morphologiques

    Ces visuels génériques illustrent trois caractères morphologiques essentiels pour une première approche de l’identification des collemboles.

    L’aspect de la cuticule, des soies et des ocelles varie selon les espèces. Ces critères peuvent être utilisés dans les éléments de filtre du guide d’identification.

    Caractéristique de la cuticule

    Lisse

    En savoir plus

    La cuticule est la fine enveloppe externe qui protège les organes du collemboles. Elle est composée de chitine. Son aspect varie selon les espèces. Pour certaines, la cuticule est lisse, boursouflée ou recouverte d’écailles. Elle est plus ou moins épaisses et présente des facultés hydrophobes.

    Aspect des soies

    Faible pilosité

    En savoir plus

    Les soies sont des filaments composés de chitine. Leur disposition sur la cuticule contribue à l’identification des collemboles. Le terme souvent employé est la chaetotaxie. Certaines soies sont sensitives.

    Aspect des ocelles

    ocelles noires

    En savoir plus

    Les ocelles (nom masculin) représentent la zone regroupant les ocelli (oeil) des collemboles. Leur taille, disposition et nombre (généralement 8) sont des critères importants dans leur identification.

    Critères d'identification

    L’identification sur photo de ces petits arthropodes du sol n’est pas toujours fiable, car certaines espèces sont très proches morphologiquement et écologiquement, et la qualité de l’image peut masquer des caractères déterminants.

    Pour maximiser les chances d’identification, privilégiez des vues dorsale, latérale et caudale, en veillant à obtenir les segments antennaires le plus nettement possible.

    Ci-dessous, voici quelques clés d’identification et points morphologiques à vérifier, recueillis au fil de mes observations ou transmis par d’autres sources. Ils restent cependant à interpréter avec prudence.

    Clé d'identification 1
    Le mâle de l'espèce est caractéristique avec ses longues antennes et les deux paires de soies plus longues situé sur le front entre les deux plaques oculaires.
    Clé d'identification 2
    Vue dorsale montrant l'abdomen légèrement concave dans sa partie postérieure, visible chez le mâle
    Clé d'identification 3
    Cette espèce prend un grand soin à l'hygiène et l'observation de la toilette n'est pas rare, c'est un rituel vital pour les collemboles qui ont une respiration cutanée. Remarquez l'aspect brillant (Glossy) de la tête. La cuticule est enduite d'une substance protectrice.
    Clé d'identification 4
    Une ligne blanche médiane s'étire sur les trois quarts avant du grand abdomen. C'est une caractéristique que l'on retrouve chez toutes les femelles de l'espèce et de ses différentes formes (maculatus, marmoratus)

    Dimorphisme chez le mâle et la femelle

    Chez certaines espèces de collemboles, un dimorphisme sexuel peut être observable sur photographie, mais la distinction entre mâle et femelle nécessite parfois un examen sous loupe binoculaire.

    Les critères permettant cette différenciation ne sont pas toujours connus et peuvent évoluer au gré des observations des scientifiques et des naturalistes.

  • Le mâle possède des antennes plus longues que la femelle.
  • ,
  • Le mâle présente une papille génitale proéminente sous le petit abdomen tandis que chez la femelle, elle est généralement moins gonflée.
  • ,
  • L’espèce présente une taille différente entre les deux sexes.
  • ,
  • L’espèce présente des soies spécifiques, caractères sexuels secondaires qui permettent parfois l’identification.
  • Photo d'un mâle

    Le mâle atteinte une taille d’environ 0,8 à 1 mm, il possède de grandes antennes de taille supérieurs ou égale à la longueur de son corps. Elles servent à capter de nombreuses informations mais elles participent également lors de la parade nuptiale. Elles permettent au mâle d’entourer la femelle pour maintenir sa position. Il opère de petites impulsions du bout des antennes pour communiquer avec la femelle et jauge certainement ça disposition à la reproduction. Je vous recommande de voir la vidéo ci-dessous d’une parade nuptiale de la forme H. insignis f. maculatus.

    Photo d'une femelle

    La femelle de plus grande taille présente également un abdomen plus rebondi. Elle atteint une taille d’environ 1 à 1,8 mm. Les antennes sont plus courtes que chez le mâle mais sont de la même couleur avec les premiers segments jaunes et évolue vers un brun-violacé fortement contrasté.

    Observation de l'espèce

    Bannière montrant différents écosystèmes des collemboles : des milieux ouverts aux surfaces végétalisées et rocheuses.
    Les collemboles occupent une grande diversité de niches écologiques, dans des écosystèmes et biotopes très variés.
    Diversité d' écosystèmes et biotopes propices aux collemboles
    Les collemboles occupent une grande diversité de niches écologiques, dans des écosystèmes et biotopes très variés.

    Répartition géographique

    Heterosminthurus insignis présente une répartition de type paléarctique (Fjellberg 2007). L’espèce était initialement connue de la région méditerranéenne avant qu’un signalement récent en Iran (province du Kurdistan) ne vienne étendre sa distribution connue vers l’est. En France, elle est présente sur une bonne partie du territoire, avec cependant une variabilité régionale dans les formes rencontrées : la forme typique à coloration jaune-orangé uniforme semble plus caractéristique des milieux montagnards, tandis que les formes maculatus et marmoratus dominent en plaine, notamment dans l’ouest de la France.

    Note personnelle sur sa localisation

    Je n’ai eu l’occasion de rencontrer la forme à coloration jaune-orangé uniforme que dans les Alpes, à la réserve naturelle du Luitel, où cette espèce est observable directement depuis la palissade prévue pour l’observation des Drosera (espace protégé). Les formes H. insignis f. maculatus et H. insignis f. marmoratus semblent quant à elles nettement plus fréquentes dans l’ouest de la France et en plaine.

    Heterosminthurus insignis femelle en haut du feuillage de canneberge
    Heterosminthurus insignis femelle en haut du feuillage de canneberge

    Ecosystèmes & Substrats

    Les collemboles sont abondants dans les premiers centimètres du sol, la litière et la végétation basse, où ils jouent un rôle essentiel en consommant algues et bactéries, contribuant ainsi à l’équilibre des sols.

    Ils se rencontrent dans presque tous les biotopes : forêts, jardins, prairies, rochers, milieux aquatiques et même milieux extrêmes.

    Chaque espèce présente des préférences écologiques spécifiques quant au substrat, à l’humidité et à la végétation associée.

    Ecosystème
    Milieux aquatiques (hydrophile)
    Substrat de vie
    Litière humide, Plantes terrestres (atmobiotique), Plantes aquatiques, surface, Feuilles mortes (saprophile)

    La litière humide et la végétation basse des berges est l’habitat privilégier de Heterosminthurus insignis.

    La sphaigne de cette tourbière est un milieu favorable à l’observation de cette espèce
    La végétation des berges de ce lac de moyenne montagne a été propice pour l’observation de la forme classique de cette espèce

    Phénologie - Quand observer cette espèce ?

    Le cycle de vie des collemboles à la surface du sol est variable selon les espèces. Ces données sont basées sur mes observations depuis décembre 2016. Elles sont données à titre indicatif en raison de facteurs variables : météos, climats, régions, et topologies de terrain. Pour en savoir plus, découvrez l’article sur la Phénologie des collemboles de France.
    Saison(s) propice(s) pour l'observation de l'espèce

    Mon observation par mois de l'espèce

    Jan.

    Fév.

    Mars

    Avr.

    Mai

    Juin

    Juil.

    Août

    Sept.

    Oct.

    Nov.

    Déc.

    Note de terrain et conseils photos

    C’est une espèce assez grande, ce qui facilite l’observation et la prise de vue de détail. Elle est également peu farouche dès lors que l’approche se fait en douceur mais comme pour la majorité des collemboles, mieux vaut limiter les vibrations importantes et les changements brusques de lumière si vous utilisez un éclairage d’appoint. Cette espèce vivant au ras de l’eau, restez attentif à votre matériel : la distance objectif-sujet est souvent très courte, et il est facile de tremper l’extrémité de l’objectif sans s’en rendre compte. C’est une espèce très agréable à photographier avec de belles colorations et attitudes dans la végétation basse des rives.

    Indicateur de rareté

    Cette information est uniquement basée sur mes propres observations et peut varier d’un lieu à un autre et du temps de recherche consacré dans un biotope en particulier. De nombreux facteurs peuvent rentrer en compte.

    Très commun
    Commun
    Peu commun
    Rare
    Très rare

    Formes, Variétés et Sous-espèces

    Heterosminthurus insignis est une espèce sujette à une forte variabilité chromatique. Bretfeld en 1988 décrivait les formes :

    • Heterosminthurus insignis f. cyaneus Bretfeld, G, 1988
    • Heterosminthurus insignis f. maculatus Bretfeld, G, 1988
    • Heterosminthurus insignis f. principalis Bretfeld, G, 1988

    Puis la description de Frans Janssens avec notre découverte :

    • Heterosminthurus insignis f. marmoratus Janssens F, Picard J & Tiky S, 2018
    Cette forme de couleur différente se rencontre en plaine au bord des lacs, mares et rivières. La coloration va du jaune paille au marron foncé. Certains mâles sont bicolores, avec une large bande violacé qui ceinture latéralement l’abdomen et la tête. La partie dorsale est brun-jaunâtre.
    Cette forme « marmoratus » est probablement la plus éloignée de l’espèce principale dans sa coloration jaune à orange. Le motif marbré chez le mâle et chez la femelle sont assez caractéristiques pour se différencier.

    Espèces proches

    L’espèce peut être confondue avec Deuterosminthurus pallipes form. repandus et Deuterosminthurus sulphureus qui présentent une coloration jaune et une morphologie assez proche.

    Heterosminthurus bilineatus est également une espèce proche mais se reconnait facilement avec les deux bandes orangés sur l’abdomen et les deux taches en prolongement derrière les plaques oculaires. Certains sujets ont un motif moins contrastés ce qui peut créer une légère confusion.

    Cette espèce se distingue par un ratio tête abdomen légèrement différent, les botriotrichums A, B et C sont marqués par une petite papille marron noire. Par ailleurs, le segment antennaire 4 compte 7 subdivisions. L’ocelle H est plus grande et l’ocelle D est nettement plus petite.
    Cette espèce présente un motif caractéristique avec deux lignes dorsales sur le grand abdomen qui rejoignent l’arrière de la tête. La coloration est plus ou moins contrastée ce qui peut contribuer à une certaine confusion. L’absence de ligne blanche médiane et l’habitus du mâle permet également de séparer l’espèce.

    Découvrir l'espèce en vidéo

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    Crédits & remerciements

    Références bibliographiques

    • Checklist of the Collembola of the World. Bellinger, P.F., Christiansen, K.A. & Janssens, F. 1996-2019. http://www.collembola.org

    • Catalogue des collemboles de France J-M. Thibaud Zoosystema Vol. 39, Issue 3 (Sep 2017), pg(s) 297-436

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